L'essentiel
- L'oubli est rapide au début, puis ralentit : c'est la forme de la courbe mesurée par Ebbinghaus.
- Chaque révision faite au bon moment ralentit l'oubli suivant : c'est la répétition espacée.
- L'écart idéal entre deux révisions dépend de la durée pendant laquelle tu veux t'en souvenir.
- Réviser en te testant, plutôt qu'en relisant, renforce encore l'effet.
Ebbinghaus, l'homme qui a mesuré l'oubli
Entre 1879 et 1885, le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus mène sur lui-même une expérience aussi simple qu'austère. Il apprend par cœur des listes de syllabes sans signification, puis mesure le temps qu'il lui faut pour les réapprendre après un délai. Si une liste lui demandait 10 minutes la première fois et 6 minutes la seconde, il avait « économisé » 40 % du travail : c'est la part du souvenir qui avait survécu.
Ses résultats, publiés en 1885, dessinent une courbe devenue célèbre :
Ce que la courbe dit vraiment, et ce qu'elle ne dit pas
Deux leçons tiennent toujours. D'abord, l'essentiel de l'oubli se joue dans les premières heures. Ensuite, la courbe s'aplatit : ce qui survit à la première semaine a de bonnes chances de rester un moment.
Mais attention aux raccourcis qu'on lit partout. Ebbinghaus a mesuré du temps économisé, pas un pourcentage de souvenirs. Et il apprenait des syllabes dénuées de sens : une matière qui a du sens, reliée à ce que tu sais déjà, s'oublie bien plus lentement. La formule « on oublie 70 % en 24 heures » n'est donc pas une loi universelle.
La courbe a été reproduite en 2015 par Jaap Murre et Joeri Dros, à l'université d'Amsterdam, avec des résultats très proches de l'original. Avec un détail intéressant : un léger rebond autour de 24 heures, que les auteurs relient au sommeil.
La répétition espacée : réviser juste avant d'oublier
Chaque fois que tu révises une notion, le souvenir se renforce, et l'oubli suivant est plus lent. C'est l'effet d'espacement, l'un des résultats les plus solides de la psychologie : à temps d'étude égal, répartir ses révisions dans le temps fait retenir plus longtemps que tout réviser d'un coup. Une méta-analyse de 2006 portant sur plusieurs centaines d'expériences l'a confirmé.
Schéma illustratif : la forme est réaliste, les valeurs ne sont pas des mesures. Sans révision : R(t) = 100 × (1 + t / 0,4)^-0,5. Avec révisions aux jours 1, 3, 7 et 16 : la courbe repart de 100 et la stabilité passe à 1,5 ; 4 ; 10 ; 25 jours.
Reste à savoir quand réviser. En 2008, une équipe menée par Nicholas Cepeda a suivi plus de 1 350 personnes pour répondre. L'écart idéal entre deux révisions augmente avec la durée pendant laquelle tu veux te souvenir, mais moins vite qu'elle.
| Tu veux t'en souvenir dans… | Écart idéal entre deux révisions |
|---|---|
| Une semaine | 20 à 40 % du délai, soit 1 à 3 jours |
| Un an | 5 à 10 % du délai, soit 3 à 5 semaines |
Autrement dit : pour un examen la semaine prochaine, révise tous les deux jours. Pour une compétence que tu veux garder des années, des révisions toutes les quelques semaines suffisent, une fois les bases installées.
Trois méthodes pour espacer tes révisions
Le système de Leitner
Des fiches rangées dans des boîtes numérotées. Une fiche réussie avance d'une boîte et sera revue moins souvent ; une fiche ratée retourne dans la première. Imaginé par le journaliste allemand Sebastian Leitner dans les années 1970, il fonctionne avec du papier et une boîte à chaussures.
Les algorithmes
Des logiciels calculent pour chaque notion la date idéale de révision, d'après tes réponses. SuperMemo, créé par Piotr Woźniak à la fin des années 1980, a ouvert la voie ; Anki l'a popularisé. Efficace, à condition de créer de bonnes fiches et d'ouvrir l'application chaque jour.
Le calendrier simple
Pas d'outil ? Revois le lendemain, puis trois jours après, puis une semaine, puis un mois. Ce n'est pas optimal pour chaque notion, mais c'est infiniment mieux que de tout revoir la veille.
- J+1Le lendemainLa révision la plus rentable.
- J+3Trois jours aprèsCe qui a tenu une nuit se consolide.
- J+7Une semaine aprèsLes points fragiles réapparaissent.
- J+30Un mois aprèsCe qui tient ici tient longtemps.
Les erreurs qui annulent tes révisions
- Relire au lieu de te tester. La relecture donne une impression de déjà-vu, pas un souvenir solide. Ferme le cours et essaie de retrouver. C'est le principe du rappel actif.
- Tout réviser la veille. Le bachotage fonctionne pour le lendemain, presque plus au-delà.
- Revoir ce que tu sais déjà. Concentre tes révisions sur ce qui s'efface, pas sur ce qui te rassure.
- Des fiches trop chargées. Une question, une réponse courte. Une fiche qui demande une page de réponse se révise mal.
Le bon rythme pour commencer
- Apprends une notion, puis teste-toi tout de suite sans regarder.
- Le lendemain, réponds de mémoire à deux ou trois questions sur cette notion.
- Recommence trois jours après, puis une semaine après, puis un mois après.
- Chaque erreur ramène la notion au début du cycle.
- Ajoute les nouvelles notions au fil de l'eau : le cycle tourne tout seul.
Dis ce que tu veux apprendre : ton cours prévoit les tests après chaque notion et les révisions espacées de tes cartes.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la courbe de l'oubli ?
C'est la courbe qui décrit la vitesse à laquelle on oublie ce qu'on a appris. Hermann Ebbinghaus l'a mesurée en 1885 : l'oubli est rapide dans les premières heures, puis de plus en plus lent.
Combien de temps garde-t-on ce qu'on apprend ?
Cela dépend surtout du sens de la matière et des révisions. Sans révision, une grande partie s'efface en quelques jours. Avec des révisions espacées, les connaissances tiennent des mois, voire des années.
Quand faut-il réviser pour ne pas oublier ?
Juste avant d'oublier : le lendemain, puis à des intervalles de plus en plus longs. Pour un examen dans une semaine, une révision tous les un à trois jours ; pour retenir sur un an, des révisions espacées de quelques semaines.
La répétition espacée marche-t-elle pour tout ?
Elle est la plus efficace pour les faits, le vocabulaire et les notions. Pour les savoir-faire, comme coder ou résoudre des problèmes, combine-la avec la pratique : refaire des exercices à intervalles croissants.
Sources
- Ebbinghaus, H. (1885). Über das Gedächtnis. Duncker & Humblot. Traduction anglaise : Memory: A contribution to experimental psychology (1913).
- Murre, J. M. J. et Dros, J. (2015). Replication and analysis of Ebbinghaus' forgetting curve. PLOS ONE, 10(7), e0120644. doi.org/10.1371/journal.pone.0120644
- Cepeda, N. J., Pashler, H., Vul, E., Wixted, J. T. et Rohrer, D. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354-380. doi.org/10.1037/0033-2909.132.3.354
- Cepeda, N. J., Vul, E., Rohrer, D., Wixted, J. T. et Pashler, H. (2008). Spacing effects in learning: A temporal ridgeline of optimal retention. Psychological Science, 19(11), 1095-1102. doi.org/10.1111/j.1467-9280.2008.02209.x
- Roediger, H. L. et Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3), 249-255. doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01693.x
Passionné de pédagogie et de nouvelles technologies, j'écris pour aider chacun à apprendre plus intelligemment.